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Les hôtels de Soubise et de Rohan siège des Archives Nationales

20 Février 2016, 11:20am

Publié par Jean-Charles Prévost

Cour de l'hôtel de Soubise
Cour de l'hôtel de Soubise

En dépit d'un a priori négatif, les Archives Nationales présentent un grand intérêt architectural, s’agissant d’un des plus beaux palais princiers à Paris du XIVéme siècle à la Révolution, autant qu’historique puisque l’ensemble des documents officiels antérieurs à 1790 produits ou reçus par les différentes instances politiques, judiciaires, religieuses, administratives, etc. du royaume de France y sont conservés, ordonnés et valorisés. Enfin les jardins offrent un ensemble unique de verdure et de calme en plein Marais.

Les Hôtels de Clisson et de Guise

C'est à partir de 1371 qu'Olivier de Clisson, successeur du connétable de France Bertrand du Guesclin, fait construire un hôtel particulier au cœur du Marais à l'extérieur des remparts de Philippe-Auguste. On n’en conserve que la porte d'entrée et ses deux échauguettes sur la rue des Archives, unique vestige de l'architecture privée du XIVe siècle à Paris.

En 1553, François de Lorraine, duc de Guise achète l'hôtel. Au cours du XVIe siècle, la puissante famille de Guise le fait agrandir et commande à Primatice - le peintre qui décore la galerie de Fontainebleau pour François 1er-- une nouvelle chapelle, décorée de fresques peintes dont il ne reste que les dessins préparatoires conservés au Louvre. Sous l'influence du duc de Guise, l'hôtel devient le siège de la Ligue catholique pendant les guerres de religion : on ordonne probablement de là le massacre de la Saint Barthélémy en 1572. Plus tard quand Henri IV décide la construction de la place des Vosges, le Marais devient "the place to be" : les hôtels d’Albret, d’Angoulème et Carnavalet ne tardent pas à se construire à proximité.

Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, Marie de Guise embellit l'hôtel et ses jardins, siège d'une brillante cour où se côtoient, en habitués, les dramaturges Corneille et Tristan L'Hermite ou le compositeur Marc-Antoine Charpentier.

Passage aux Rohan Soubise

En 1700, François de Rohan-Soubise et sa femme, Anne de Rohan-Chabot, achètent l'hôtel et confient au jeune Pierre-Alexis Delamair le soin de le remettre au goût du jour. L’architecte lui donne son aspect actuel en ouvrant sur la rue des Francs-Bourgeois la façade principale précédée d’une cour d'honneur ornée d'une colonnade. Dans le même temps, leur fils, le futur cardinal de Rohan fait appel à lui pour construire l'hôtel de Rohan-Strasbourg, dont la façade monumentale se dresse sur les jardins communs aux deux hôtels.

Le mariage en 1732 de son petit-fils, Hercule Mériadec de Soubise (63 ans), avec la jeune princesse Marie-Sophie de Courcillon (19 ans) est l'occasion de confier à Germain Boffrand le réaménagement de l'hôtel. À partir de 1736, Boffrand consacre ses efforts aux décors intérieurs des appartements qui comptent parmi les chefs d'œuvre de l'art rocaille : la richesse de la ligne courbe s'y allie à l'harmonie des ors et des couleurs, dans le respect de l'équilibre inspiré par la nature. Il construit aussi un nouveau pavillon ovale, qui dessert les appartements du prince et de son épouse.

Les Archives Nationales

À la Révolution, l'hôtel devient propriété de l'État et, par le décret impérial du 6 mars 1808, est affecté aux Archives de l'Empire, Napoléon Ier y fait regrouper les archives conservées jusqu'à présent dans plusieurs dépôts parisiens. Cependant, ces espaces, provisoires et inadaptés, deviennent vite surchargés et l'administration décide la construction de bâtiments spécialement conçus pour la conservation. Entre 1848 et 1880, les ailes des Grands Dépôts sont construites et accueillent l'armoire de fer précédemment déposée aux Tuileries contenant les documents les plus importants.

Le musée des Archives inauguré en 1867 et installé dans l'hôtel de Soubise, présente (en fac simile) plus de 1800 documents originaux. On y trouve quelques grands documents de l'histoire de France, comme le diplôme de Charlemagne, la fondation de la Sainte-Chapelle, la dernière lettre de Marie-Antoinette ou encore la constitution de la Ve République.

Quatre hôtels particuliers sur la rue des Francs Bourgeois seront annexés au XXème siècle, leurs jardins ont été réunis à ceux des hôtels de Soubise et de Rohan. Les Archives sont ouvertes à la consultation de tous par la loi du 7 Messidor an II, les nouvelles salles de lecture construites en 1987 la facilitent. Seuls les documents antérieurs à 1790 sont conservés à Paris, les sites de Saint Denis et Fontainebleau accueillent les documents plus récents.

L'hôtel de Rohan est actuellement fermé et devrait accueillir prochainement un ensemble de boiseries provenant de l’hôtel de Chalon proche du Palais Royal détruit en 1922 par la Banque de France pour agrandir son siège, qui avait du s'engager à le conserver pour le remonter dans un lieu adapté finalement trouvé en 2015 prés d'un siècle après ! Après les travaux en cours les surfaces accessibles seront doublées constituant un ensemble unique de décors d’architecture et de jardins du XVIIIème en plein Paris ; seuls les dépôts d’archives resteront inaccessibles pour des raisons évidentes de conservation.

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