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Quattro et Cinquecento la révolution dans la peinture !

31 Janvier 2016, 15:19pm

Publié par Jean-Charles Prévost

Ucello La Bataille de San Romano Louvre
Ucello La Bataille de San Romano Louvre

Voici un sujet d’une actualité brûlante car les départements de peinture Italienne du Louvre, habituellement envahis par les touristes pour se prendre en selfie devant la Victoire de Samothrace ou s’agglutiner devant la Joconde, sont vides. Alors place aux véritables amateurs!

Le Quattrocento

Tout commence dans les années 1400 (le XVéme siècle pour nous), où Giotto est pour la première fois capable de donner aux visages un modelé semblable à la sculpture sur les fresques de la chapelle des Scrovegni à Padoue. Celle-ci a été jusqu’alors beaucoup plus réaliste que la peinture qui se contente des représentations planes et des visages sans expressions héritées de l’art byzantin. Sur d’autres tableaux les personnages se détachent de paysages d’arbres, de collines, de constructions déjà en perspective, peuplés d’oiseaux rompant avec la tradition des fonds plats et dorés, caractéristiques de la peinture religieuse.

Alors que dans le reste de l’Europe, l’architecture succombe au raffinement du gothique international, en Italie on cherche à retrouver la simplicité de l’architecture et des décors antiques codifiés par Vitruve, couplées à des recherches mathématiques sur les lois de la perspective. Ceci s’applique également à la peinture où Masaccio dans « la Sainte Trinité, la Vierge, Saint Jean et les donateurs » à Santa Maria Novella à Florence applique en 1427 les principes de la perspective au décor très architecturé du tableau. Donatella suivra la même voie pour la sculpture.

C’est une période d’expansion économique pour des villes comme Sienne, Florence, Urbino enrichies dans le commerce, la banque et l’industrie dont les princes rivalisent par les commandes les plus prestigieuses aux artistes. C’est enfin la première fois où l’artiste est identifié jusque-là nous ne connaissons pas les artistes –autrement que par leur localisation : « le maître de »-.

On assiste tout au long du Quattrocento à une véritable floraison d’artistes dans chaque ville: Fra Angelico, Piero della Francesca à Arezzo et Urbino, Mantegna à Padoue puis Mantoue, Boticelli et Ucello à Florence -soutenus par les Medicis. Ces artistes se distinguent par leurs styles et les sujets : les scènes de bataille pour Ucello, les fresques du couvent de San Marco pour Fra Angelico, etc. Tous se rejoignent cependant dans la mise en œuvre de principes hérités de l’Antiquité utilisation de la perspective pour le décor, modelé des corps fondé sur l’anatomie, expressivité des visages et dans l’apparition de sujets profanes et allégoriques à côté des classiques représentations religieuses.

Le Cinquecento

C'est la période la plus glorieuse de l’art italien avec le trio Léonard de Vinci, Michel Ange et Raphaël (le nom de Cinquecento a sans doute été donné aussi pour ça à la petite Fiat !).

L’artiste n’est plus considéré comme un simple fournisseur et il impose sa volonté au commanditaire : ainsi Léonard de Vinci n’hésitera pas à laisser des œuvres inachevées. A la perspective mathématique aux lignes de fuite bien visibles de Mantegna, Léonard substitue le sfumato, la perspective atmosphérique qui laisse deviner les lointains et dessine des visages à l’expression changeante, comme celle d’un être humain. Michel Ange qui est en compétition avec Léonard fera prévaloir le modelé des corps, dessinés avec une maitrise digne des grands sculpteurs grecs comme à la chapelle Sixtine; Michel Ange reviendra d’ailleurs à la sculpture avec le tombeau de Jules II. Raphaël arrive ensuite bien décidé à égaler ses deux ainés et produit en peu de temps -puisqu’il meurt à 37 ans- des chefs d’œuvre intemporels comme l’archiconnue « Madone du Grand-Duc » au Palais Pitti de Florence ou « la Nymphe Galatée » fresque de la villa Farnesina à Rome, remarquable par l’équilibre et le mouvement de sa composition ainsi que par la pure beauté de ses figures issues d’une « certaine idée » qu’il s’était faite en son esprit. A ce trio on ajoutera le Titien avec de remarquables portraits comme « l’Homme au Gant » accrochés au revers du mur de la Joconde et Gorgone dont « la Tempête » à l’Accademia de Venise fait apparaître pour la première fois le paysage comme le sujet principal du tableau.

C’est au même moment que la Renaissance atteint le reste de l’Europe : les rois de France font venir les artistes italiens chez eux : Léonard termine sa vie au Clos Lucé, Primatice décore en trompe l’œil la galerie du château de Fontainebleau … Les beaux-arts, opposés par Aristote aux sept arts libéraux : le trivium - grammaire, rhétorique, dialectique et le quadrivium arithmétique, musique, astronomie, géométrie- et assimilés à des arts serviles, liés à la matière, indignes d’un homme libre, ont alors acquis définitivement leurs lettres de noblesse.

Lamentation de Giortto, Annonciation de Fra Angelico, la Trinité de Masaccio, Nymphe Galatée de Raphaël, Homme au Gant du Titien, l'Orage de Giorgione
Lamentation de Giortto, Annonciation de Fra Angelico, la Trinité de Masaccio, Nymphe Galatée de Raphaël, Homme au Gant du Titien, l'Orage de Giorgione
Lamentation de Giortto, Annonciation de Fra Angelico, la Trinité de Masaccio, Nymphe Galatée de Raphaël, Homme au Gant du Titien, l'Orage de Giorgione
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Lamentation de Giortto, Annonciation de Fra Angelico, la Trinité de Masaccio, Nymphe Galatée de Raphaël, Homme au Gant du Titien, l'Orage de Giorgione

Bibliographie :

EH Gombrich L'art et son histoire: Le Gombrich: indispensable pour qui s'intéresse à l'histoire de l'art. Achetable d'occasion, les éditions anciennes sont tout aussi valables...

 

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