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Balades à Paris et en Touraine

Montmartre par la face Nord revisited …

23 Novembre 2019, 10:39am

Publié par Jean-Charles Prévost

Et l’anglais s’impose dans ce titre face aux touristes qui envahissent la Place du Tertre et les escaliers du Sacré Cœur … mais nous les avons largement évités grâce à mon itinéraire hors des sentiers battus.

 

Et d’abord une évidence qui ne m’avait pas autant frappé en 2015 : ce lieu archi-touristique qui continue d’abriter, abordé par cette face Nord,  la vie paisible d’une des dernières campagnes à Paris, a aussi été depuis l’époque mérovingienne un des hauts lieux de spiritualité à Paris et but constant de pèlerinages. La légende y situe le martyre au IIIème siècle de Saint Denis, premier évêque de Paris, assimilé par les chroniqueurs du Moyen Age à Denys l’Aréopagite, premier évêque d’Athènes et disciple de Saint Paul ainsi qu’à un autre Denys le pseudo Aréopagite, moine et philosophe néo platonicien ; cet emprunt n’ayant pour but que d’attester que Lutèce, centre de la chrétienté en Europe est la nouvelle Athènes. La station Abbesses où commence notre balade rappelle aussi le monastère royal fondé en cet endroit pour abriter les restes de saint Denys…

Cette station de la compagnie Nord Sud (qui fusionnera en 1931 avec la CMP pour donner la RATP) est la plus profonde de Paris (- 36m) ornée de l’un des deux édicules Guimard restant à Paris, transféré de la station Hôtel de Ville ce qui constitue aux yeux des connaisseurs un vrai contresens historique puisque Guimard n’a jamais travaillé pour cette compagnie !

 

Face à elle, l’église Saint Jean de Montmartre surnommée irrévérencieusement Saint Jean des Briques est un superbe exemple de construction en ciment armé des années 1900 au décor intérieur et extérieur riche et homogène et dont la technique fut si novatrice qu’Antoine de Baudot, architecte réputé et disciple de Viollet le Duc aura toutes les peines du monde à en faire approuver la construction… Elle était censée remplacée Saint Pierre de Montmartre qui terminera notre balade promise à la démolition en 1898 suite à des effondrements et qui ne sera sauvée qu’in extremis.

En partant de la place des Abbesses, le centre du village, nous avons gravi la rue Ravignan avec un détour rue des trois Frères vers l’épicerie Collignon, décor du film « Amélie Poulain » vers le Bateau Lavoir. En ce lieu, « bateau » parce que les ateliers d’artistes s’alignent comme les cabines de part et d’autre de la coursive d’un paquebot et « lavoir » parce qu’il n’y avait qu’un seul point d’eau pour tout ce beau monde, les équipiers de l’impressionnistes au tournant du XXème siècle  : après Maxime Maufra, son ami Gauguin, Juan Gris, Modigliani, Brancusi, Max Jacob pour ne citer que les plus célèbres et surtout Picasso qui y peint les Demoiselles d’Avignon une œuvre capitale puisqu’elle marque le passage de la période bleue à la période rose et les débuts du cubisme.

Nous avons continué avenue Junot en évoquant le «Passe Muraille » cette nouvelle si poétique de Marcel Aymé qui relate comment un petit fonctionnaire se découvre un don exceptionnel qui lui permet de trouver enfin l’amour et de se venger d’un chef sadique jusqu’à ce que le mur se referme sur lui et que je vous engage à retrouver ici http://franceinfo.us/03_books/books/ayme_passe_muraille.pdf

Nous avançons jusqu’à la villa Léandre avec comme un goût de Londres, avant d’arriver allée des Brouillards, l’occasion d’évoquer ses habitants célèbres : les frères Casadessus, Jean Pierre Aumont, Renoir père et fils, mais aussi la zone, refuge des rapins, peintres sans le sou, ou des « apaches » les voyous du quartier qui y construisaient des cabanes de fortune. Nous poursuivons en passant par l’abreuvoir où buvaient les chevaux après la rude montée et où se trouve le buste généreusement doté de Dalida, objet de nombreux selfies comme en atteste la patine, puis devant la Maison Rose, peinte par Utrillo.

 

Nous avons contourné les vignes et le jardin du Musée de Montmartre pour arriver  devant le cabaret d’Aristide Bruant « le Lapin Agile » et rapeller le canular de Roland Dorgelès qui y fait peindre devant huissier en 1910 une toile au moyen d’un pinceau attaché à la queue de l’âne Aliboron. Intitulé « Coucher de soleil sur l’Adriatique » et accompagne du manifeste d’une prétendue école « excessiviste » qui en justifie l’esthétique révolutionnaire ; le tableau trouvera preneur au Salon des Indépendants avant que Dorgelès la supercherie ne soit dévoilée aux journaux par son auteur et que l’artiste ne décide d’interrompre là sa carrière …

Nous avons ensuite abordé le chevet du Sacré Cœur, qui donne une vue beaucoup plus impressionnante du monument que sa façade sur Paris dont se contentent la plupart des touristes.

Au lieu de cela, nous avons continué vers saint Pierre de Montmartre, comme une église de village avec son clocher roman et son intérieur gothique très sobre agrémenté de beaux vitraux des années 50. Un must absolu et une oasis de calme au milieu de l’agitation touristique.

 

Pour finir, après avoir profité du point de vue sur Paris incendié par un soleil couchant d’anthologie nous avons descendu les escaliers en évoquant le refrain de la complainte de la Butte chantée par Cora Vaucaire dans le film « French Cancan » (1955) de Jean Renoir, lui aussi un enfant de la Butte né allée des Brouillards : « les escaliers de la butte sont durs aux miséreux » -pas à nous puisque nous les descendions- « les ailes de moulins protègent les amoureux » avant de retourner place des Abbesses. 

 

Un grand classique, cette visite dans un des quartiers les plus charmants de Paris mais aussi pour moi un grand plaisir que j'ai aimé partager avec les fidèles amis de nos balades parisiennes !

rue St Rustique, escaliers, Rue Norvins, Place du Tertre, rue du Mont Cenis, Basilique du Sacré Coeur, la zone et le Moulin de la Galette
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