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Balades à Paris et en Touraine

Littérature et anti-littérature

21 Février 2018, 13:38pm

Publié par Jean-Charles Prévost

Littérature et anti-littérature

Grand lecteur depuis toujours, ce n’est que très récemment que je me suis mis aux romans. Jusque là, je lisais surtout lu de la non fiction : récits de voyage ou historiques plutôt que romans et autres biographies qu’on lisait dans ma famille. Jusqu’à la fin de ma carrière, je me suis aussi fait un devoir de lire, en français ou en anglais, des livres sur les pays où me conduisaient mes déplacements professionnels. Ce n’est finalement que très récemment que je me suis mis à lire des romans avant tout étrangers. En effet, j’ai un peu de mal à m’intéresser à la feelgood litterature1 et ses descriptions complaisantes de la vie contemporaine et il faut vraiment que l’histoire sorte de l’ordinaire pour que je me sente accroché par des romans français. Pour moi lire doit permettre de découvrir des mondes inconnus, c’est pourquoi je me tourne naturellement vers la littérature étrangère à commencer par celle des pays que j’ai eu l’occasion de visiter. Après John Dos Passos que j’ai évoqué dans un précédent billet, voici mes dernières découvertes : l’auteur américain Russel Banks, WG Sebald, allemand mais qui a quitté à vingt ans son pays natal pour l’Angleterre et enfin Henning Mankel, auteur de polars et de romans suédois.

1Voir l’article de la revue Philitt « Pourquoi la littérature du bonheur est l’anti-littérature ».

Russel Banks (1940-)

Après une enfance dans un milieu blue collar extrêmement modeste du New Hampshire, état rural aux hivers rudes du Nord Est des Etats Unis RB quitte l’école tôt pour devenir plombier comme son père. On le retrouve à 20 ans en Floride, père de famille et déjà divorcé. Il décide alors de reprendre ses études à l’Université de Caroline du Nord, il voyage et passe même quelque temps en Jamaïque. Il a écrit des romans, des nouvelles et de la poésie. Il enseigne actuellement la littérature contemporaine à Princeton. Classé à gauche, il met en scène des personnages qui n’arrivent pas à se sortir de leurs échecs. Voici trois romans (disponibles en anglais ou en français) que j’ai lus d’un trait :

American Darling

Le récit hallucinant de certains échecs et lâchetés de l’Amérique de la fin des années 60 au 9/11 entre un Liberia des enfants soldats ravagé par la guerre civile et une ferme bobo des Adirondacks .

Lost memory of skin

Portrait d’une Amérique qui exclut ses citoyens au travers d’une plongée dans les bas fonds du bidonville sous le viaduc de l’autoroute de Miami, le seul endroit où les délinquants sexuels relâchés sous bracelet électronique ont le droit de s’établir

Drifting continents

Un réparateur de chaudières d’une petite ville du New Hampshire (tiens, tiens…) abandonne son quotidien misérable et part en Floride avec sa famille, attiré par un nouvel avatar du rêve américain. A plusieurs milliers de kilomètres de là, une jeune Haïtienne fuit la violence et la pauvreté de son pays natal pour rejoindre l’Amérique de ses rêves.Leurs destins finiront par se croiser 

W.G. Sebald (1944-2001)

Né dans une petite ville du sud de l’Allemagne à la frontière autrichienne l’année où la guerre envahit le territoire allemand, il ne peut pas supporter le non dit dans sa famille et dans la société et quitte à 22 ans l’Allemagne pour émigrer en Grande Bretagne. Se fait appeler Max plutôt que Wilfried aux accents trop germaniques. Dans un style inclassable avec de nombreuses digressions, ses livres écrits dans sa langue maternelle mêlent journal de voyage et fiction, autobiographie et encyclopédie. Il meurt brutalement dans un accident de voiture en 2001 sans avoir pu donner la pleine mesure de son art

Les anneaux de Saturne

Sebald explore l’espace et le temps au cours d’un voyage à pied en East Anglia qu’il connaît bien puisqu’il était professeur de littérature à l’université de Norwich, et convoque des personnages historiques connus et moins connus des 19ème et 20ème siècles à l’appui de son propos : l'homme a pensé et construit depuis la nuit des temps l'univers qu’il s'attache aujourd'hui à détruire.

Emigrants

L’histoire de quatre personnages qui fuient les persécutions en Allemagne et dont la vie a été brisée par les douleurs de la séparation, la mort, le mal du pays. 3 d’entre eux connaissent une mort tragique car ils ne supportent pas que leur douleur soit niée dans l’Allemagne d’aujourd’hui

Austerlitz

L'ultime roman de W. G. Sebald qui nous fait connaître la vie de Jacques Austerlitz, un homme hanté par une appréhension obscure, lancé dans la recherche de ses origines. Par ce portrait saisissant d'un émigrant déraciné, fragile, érudit et digne, l'auteur élève une sorte d'anti - monument à tous ceux qui, au cours de l'Histoire, se retrouvent pourchassés, déplacés, coupés de leurs racines - sans jamais en comprendre la raison ni le sens. La vulnérabilité douce et secrète de Sebald et de ses personnages hors du commun, leur façon d'être tour à tour gagnés par la beauté du monde et la souffrance qu'il engendre contribuent à inscrire ses œuvres dans la mémoire comme des événements majeurs.

 

Henning Mankell (1947-2015)

Mankell est un auteur suédois contemporain de polars et de romans et de l’avis unanime Les chaussures italiennes est son meilleur roman. Je manque de points de comparaison n’ayant rien lu d’autre de lui mais je ne vais certainement pas en rester là tant il m’a captivé en me faisant découvrir un monde proche mais en même temps tellement différent et c’est bien ce que l’on cherche dans le roman.

A soixante-six ans, Fredrik Welin vit reclus depuis une décennie sur une île de la Baltique avec pour seule compagnie un chat et un chien et pour seules visites celles du facteur de l’archipel un hypocondriaque qu’il ne laisse pas rentrer chez lui. Depuis qu’une tragique erreur a brisé sa carrière de chirurgien, il s’est isolé des hommes. Pour se prouver qu’il est encore en vie, il creuse un trou dans la glace et s’y immerge chaque matin. Au solstice d’hiver, cette routine est interrompue par l’intrusion d’Harriet, la femme qu’il a aimée et abandonnée quarante ans plus tôt. Fredrik ne le sait pas encore, mais sa vie vient juste de recommencer. Le temps de deux solstices d’hiver et d’un superbe solstice d’été, dans un espace compris entre une maison, une île, une forêt, une caravane. Mankell nous révèle une facette peu connue de son talent avec ce récit sobre, intime, vibrant, sur les hommes et les femmes, la solitude et la peur, l’amour et la rédemption

J’ai particulièrement aimé les descriptions sobres avec toujours une touche d’humour, notamment au début du livre celle de la solitude glacée qui sert de cadre à l’enferment volontaire du personnage principal et qui donne d’autant plus d’impact aux rencontres improbables tout au long du livre dont il sortira complètement transformé.

Je viens de terminer Un paradis trompeur un autre excellent roman du même auteur, je vous en dirai davantage dans un prochain billet.

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C
a lire au plus vite :le chef d oeuvre du 20eme siecle Vie et destin de vassili Grossman
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J
Merci Chantal de ta suggestion, l'article de Babelio https://www.babelio.com/livres/Grossman-Vie-et-Destin/4704 donne en effet très envie de lire ce livre ! je te tiens au courant !!