Balades à Paris et en Touraine

Montparnasse et l'école de Paris

22 Mai 2017, 14:24pm

Publié par Jean-Charles Prévost

Montparnasse, avec son boulevard à la circulation intense, ses nombreux cinémas, les immeubles modernes du quartier de la gare et surtout cette tour immense qui choque toujours quarante ans après sa construction est aujourd’hui un quartier animé, mais un peu sans âme. Retrouver les traces du Montparnasse qui fut au cœur de la vie artistique et intellectuelle de Paris des années 20 à 50 se mérite en s’éloignant du boulevard pour explorer les petites rues et les impasses qui révèlent des ateliers d’artistes nichés dans les îlots de verdure.

Après Apollinaire, Gauguin, Matisse ou le Douanier Rousseau au début du siècle, nombreux sont les artistes qui s’y installent pendant l’Entre-deux-guerres à la recherche des conditions favorables à l’épanouissement de leur art. Les premiers sont les américains qui échappent ainsi au puritanisme de la prohibition et pour qui Montparnasse est un paradis grâce au dollar fort. Y trouvent ensuite refuge les opposants chassés par les régimes totalitaires d’Europe Centrale : Russes, Allemands ou Italiens, souvent d’origine juive, écrivains comme Rilke et Tzara accueillis par Aragon et Elsa Triolet, peintres et sculpteurs comme Modigliani, Zadkine, Soutine ou Chagall… autant de noms connus comme « L’École de Paris », qui regroupe des artistes aux personnalités différentes plutôt que de constituer un mouvement artistique structuré.

C’est ce que je vous propose de redécouvrir au cours de notre balade.

En partant du métro Raspail, remontons la rue Campagne Première et ses ateliers où les peintres les plus célèbres se sont succédé depuis 1900 jusqu’aux années 60 : Modigliani, Foujita, Yves Klein... C'est dans cette rue que Michel Poiccard, le héros du film de Jean-Luc Godard, À bout de souffle (1960) incarné par Jean-Paul Belmondo, s'écroule avant de mourir après une longue course depuis le no 11.

En traversant ensuite le Boulevard nous arrivons à la Closerie des lilas où le décor du bar fait de mobilier de bois sombre et de lampes qui éclaire à peine la pénombre du bar n’ont pas changé depuis l’époque d’Hemingway et des plaques de cuivre sur les tables indiquent les places favorites des habitués.

D’abord lieu de réunion des Intransigeants, les peintres Bazille, Renoir, Monet et Sisley issus de l'atelier de Charles Gleyre qui, bientôt rejoints par Pissarro, deviendront les impressionnistes, la Closerie devient à l’entre deux guerres, un des hauts lieux de l'intelligentsia américaine : Ernest Hemingway, Francis Scott Fitzgerald, Henry Miller y ont leurs habitudes : ainsi Fitzgerald fait lire à Hemingway le manuscrit de Gatsby le Magnifique à la terrasse. Plus récemment, la Closerie est fréquentée par Jean-Edern Hallier et le chanteur Renaud qui habitait juste au dessus faisait monter directement ses bouteilles du bar .

Poursuivons maintenant dans la paisible avenue de l’Observatoire qui marque le tracé du méridien de Paris. Elle buter sur un pavillon construit par Colbert en 1683 pour abriter l’observatoire astronomique le plus ancien encore en service au monde.Un petit détour par la rue Cassini nous fait découvrir ses hôtels particuliers surmontés d’ateliers d’artistes à l’architecture régionaliste particulièrement recherchée.

De nombreux monuments jalonnent la perspective du square des Explorateurs vers le jardin du Luxembourg, témoins de la sculpturomania qui gagne l’espace public au cours des XIXème et XXème siècles, mais aussi symboles d’une France fière de son influence dans le monde. La fontaine des Quatre parties du monde par Carpeaux rappelle sa vocation civilisatrice universelle et le monument à Francis Garnier glorifie le sacrifice d’un brillant officier de marine qui s’est illustré dans la conquête de l’Indochine avant d’être massacré par les Pavillons Noirs près d’Hanoï. Le monument érigé en 1853 au Maréchal Ney, exécuté à l’Observatoire pour avoir rejoint Napoléon après l’île d’Elbe bien qu’il ait fait allégeance à Louis XVIII était sans doute une occasion rêvée saisie par Napoléon III d’asseoir sa légitimité !

Le long du square nous découvrons des institutions emblématique de la France Coloniale : l’institut d’art et d’archéologie, imposant immeuble en briques rouges construit en 1926 dans un curieux pastiche de style islamo-florentin, l’école de pharmacie et ses jardins de plantes médicinales, le bâtiment de style mauresque où étaient formés les administrateurs des colonies et qui abrite maintenant l’ENA. Entrons dans le jardin du Luxembourg que nous longeons vers la rue d’Assas, les vergers de l’école d’arboriculture et la ruche proposent d’apprendre à tailler les arbres fruitiers et à récolter le miel, insolite, n’est-ce pas, en plein Paris !

En reprenant la rue d’Assas, nous pénétrons dans l’étroit passage qui conduit à la maison du sculpteur Ossip Zadkine, bien tranquille son jardin dans derrière les immeubles de la rue d’Assas, et où sont exposées ses œuvres. De là nous repartons vers le métro Vavin en empruntant la rue de la Grande Chaumière où Gauguin et Modigliani eurent leur atelier et Bourdelle enseignait la sculpture dans l’académie du même nom . Au 36 de la rue Vavin, l’immeuble « sportif » d’Henri Sauvage en 1913 déploie son architecture moderniste avec ses terrasses et sa façade en faïence émaillée blanche, un des premiers à avoir été construit en copropriété à Paris.

Montparnasse et l'école de Paris
Montparnasse et l'école de Paris
Montparnasse et l'école de Paris
Montparnasse et l'école de Paris
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Montparnasse et l'école de Paris
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