Balades à Paris et en Touraine

Tokyo Paris : la collection Bridgestone au musée de l’Orangerie

18 Avril 2017, 07:48am

Publié par Jean-Charles Prévost

Après la collection Alicia Klopowitz au musée Jacquemard André et la collection villa Flora au musée Marmottan en 2015, voici la collection Bridgestone exposée au musée de l’Orangerie jusqu’au 21 août 2017.

Plus connu des garagistes que des amateurs d’art, le nom de la marque japonaise concurrente de Michelin1 reprend la traduction littérale des deux idéogrammes qui composent le nom de famille du fondateur de cette entreprise Shojiro Ishibashi (1889-1976), ishi « pierre » et bashi, « pont ».

Ce sont trois générations de collectionneurs en un peu moins d’un siècle avec le fils de Shojiro, Kan’ichiro et son petit-fils Hiroshi qui ont exploré par leurs achats les correspondances entre art japonais et occidental – majoritairement les impressionnistes et post impressionnistes - jusque dans la peinture abstraite, illustrant ainsi la volonté de coexistence des cultures qu’on peut identifier dans le nom de cette entreprise.

La fondation comprend plus de 2600 toiles exposées depuis 1952 dans un musée au coeur de Tokyo. Du fait de sa rénovation en cours, nous avons l’occasion unique d’admirer quelques unes de ses oeuvres majeures qui ont fait un voyage jusqu’à Paris de Monet, Renoir et Caillebotte à Cézanne, Matisse et Picasso, jusqu’à l’abstraction d’après-guerre avec notamment Pollock et Shiraga .

Il est toujours intéressant dans une exposition consacrée comme ici à une collection de comprendre l’intention des collectionneurs :

Après une première salle consacrée aux œuvres de la peinture yôga du nom de l’école des peintres japonais qui adoptent volontairement un style occidental, les premières entrées dans la collection – comme le très beau Portrait de Mme F. de Sôtarô Yasui au carrefour de Matisse et du monde des films de Wong Kar Wai, se succèdent plusieurs salles, consacrées chacune à une des périodes majeures de la peinture des XIXème et XXème siècles :

  • les impressionnistes avec une majorité de portraits pourtant rares dans ce groupe de peintres : le Portrait de Manet par lui-même, dit aussi Manet à la calotte, un superbe et très « japonard » Jardin potager au jardin de Maubuisson, Pontoise de Pissarro ;

  • les postimpressionnistes de Cézanne -une magnifique Sainte Victoire et Château Noir- à Toulouse Lautrec - Au cirque : dans les coulisses huile en camaieu de gris atypique chez ce peintre tant par le sujet que par la manière ;

  • les modernes de Matisse et Picasso -très beau Saltimbanque aux bras croisés de la période retour à l’ordre, à Klee et Mondrian Étude de dune pointilliste, crête à gauche.

  • La dernière salle est consacrée à la peinture abstraite où les cimaises font dialoguer comme au temps des peintres yôga artistes japonais et occidentaux : ainsi Soulages, Pollock et Fautrier renvoient à Shiraga dont le Kannon Fudara Jodo n’est pas à mon avis à la hauteur du Domoto Solution de Continuité no 9 aux extraordinaires tonalités de noir et jaune.

Pas de faute de goût dans cette collection, à part peut-être un Cerf courant dans la neige de Courbet qu’on verrait bien orner un calendrier des Postes …

 

1Le troisième grand manufacturier, Pirelli – le P zéro équipe toutes les supercars - s’est également fait un nom dans le monde de l’art par son calendrier ; composé au départ de photos de modèles dénudés pour plaire aux garagistes, il est devenu au cours des ans un véritable objet culte où interviennent les photographes les plus réputés...

Affiche de l'expo le Baiser de Brancusi, Pissarro Jardin potager au jardin de Maubuisson, Pontoise, Picasso Saltimbanque aux bras croisés
Affiche de l'expo le Baiser de Brancusi, Pissarro Jardin potager au jardin de Maubuisson, Pontoise, Picasso Saltimbanque aux bras croisés
Affiche de l'expo le Baiser de Brancusi, Pissarro Jardin potager au jardin de Maubuisson, Pontoise, Picasso Saltimbanque aux bras croisés

Affiche de l'expo le Baiser de Brancusi, Pissarro Jardin potager au jardin de Maubuisson, Pontoise, Picasso Saltimbanque aux bras croisés

Commenter cet article