Balades à Paris et en Touraine

Plaisirs minuscules et substances plus ou moins licites

13 Avril 2017, 15:54pm

Publié par Jean-Charles Prévost

Voici la révélation que je veux partager avec vous : j’ai enfin compris pourquoi les jeunes fument !

Alors, pas les douces cigarettes à bout filtre couleur liège, « Rothmans » bleues, achetées sur le bateau pour jouer les affranchis au retour d’un mois de cours d’été en Angleterre à quinze ans !

Pas non plus la pipe qui, souvent associée au collier de barbe, donnait un air d’intellectuel germanopratin à l’étudiant en philo ou à l’instituteur de banlieue et laissait dans son sillage un parfum délicieux : celui du Clan dans son élégante pochette écossaise, de l’Amsterdamer et son joyeux marin en bonnet de laine qui vous invite au pays de la liberté sexuelle, voire du Balkan Sobranie au parfum sucré, évocateur des splendeurs passées de l’empire ottoman !

Fille ou garçon, quand on fume aujourd’hui, on roule sa cigarette entre le pouce et l’index comme un vieux loup de mer, le filtre en carton coincé entre les dents, en marchant à plusieurs de front sur le trottoir. « Nous sommes libérés(-ées) et la vie nous appartient », c’est le message adressé aux bourgeois tabacophobes que l’on croise, et si aujourd’hui c’est du tabac, ce week end ce sera de la bonne « beuh » -herbe en verlan- qui nous fera planer grave , vous ne pouvez décidément pas nous comprendre, tas de bourges fascisants ! Le message est d’autant plus fédérateur quand on vit dans le confort et l’isolement des arrondissements de l’Ouest ou de certaines communes limitrophes de la capitale mais que l’on se sent jeune par delà les barrières ethniques, sociales, nationales… On souhaite bon courage aux responsables des campagnes antitabac !

Mais si, on vous comprend jeunes gens, si bien qu’on en est majoritairement revenus de cet esclavage qui nous faisait chercher frénétiquement une clope pour mieux savourer les instants de bonheur – après l’amour ou avec le premier café pris en vitesse au zinc – ou supporter les moments de stress – avant un examen, en voiture dans les embouteillages - de sorte que nos vêtements, nos maisons, nos voitures, tout était imprégné de l’odeur rance du tabac froid ! Arrêter de fumer, c’était s’en affranchir de sorte que les uns après les autres, mutuellement entraînés par les premiers abstinents passés brutalement de camp des fumeurs à celui des plus violents tabacophobes, nous avons renoncé aux plaisirs minuscules de la cigarette !

Si vous vous intéressez comme moi à la signification de ce rite, vous lirez avec plaisir le chapitre consacré à l’histoire du tabac  du livre de Timothy Brook, "Le chapeau de Vermeer" (Payot 2010).

Ce billet est dédié à mes condisciples de Saumur en 2013/3014 : Laura, les deux Marion, Laëtitia et les autres fumeuses ...

Photos d’époque de produits du tabac : Rothmans Bleues, Amsterdamer,  Balkan Sobranie. Portrait en majesté du Partre comme l’appelait Boris Vian, Portrait d’Humphrey Bogart
Photos d’époque de produits du tabac : Rothmans Bleues, Amsterdamer,  Balkan Sobranie. Portrait en majesté du Partre comme l’appelait Boris Vian, Portrait d’Humphrey Bogart
Photos d’époque de produits du tabac : Rothmans Bleues, Amsterdamer,  Balkan Sobranie. Portrait en majesté du Partre comme l’appelait Boris Vian, Portrait d’Humphrey Bogart
Photos d’époque de produits du tabac : Rothmans Bleues, Amsterdamer,  Balkan Sobranie. Portrait en majesté du Partre comme l’appelait Boris Vian, Portrait d’Humphrey Bogart
Photos d’époque de produits du tabac : Rothmans Bleues, Amsterdamer,  Balkan Sobranie. Portrait en majesté du Partre comme l’appelait Boris Vian, Portrait d’Humphrey Bogart

Photos d’époque de produits du tabac : Rothmans Bleues, Amsterdamer, Balkan Sobranie. Portrait en majesté du Partre comme l’appelait Boris Vian, Portrait d’Humphrey Bogart

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