Balades à Paris et en Touraine

La Légion d'Honneur

30 Janvier 2017, 14:26pm

Publié par Jean-Charles Prévost

 

 

Ça devait arriver : un de nos camarades de grande école l’a eue !! J’ai découvert, parmi les échanges traditionnels de vœux, le message plein de fausse modestie de l’un d’entre nous annonçant la nomination de notre camarade P. au grade de Chevalier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur et voici ma réponse :

 

« Félicitations cher P. pour cette promotion due évidemment à tes excellents mérites ! N’oublions pas parmi les récipiendaires de cette décoration ces jeunes gens qui avaient notre âge lorsque nous étions à l’école et qui gardèrent toute leur vie dans leurs corps ou dans leurs âmes les séquelles des faits d’armes qu’elle récompensait, voire des enfants de dix ans à qui elle fut remise un froid matin de Novembre dans la cour des Invalides pour un père tué au combat qu’ils n’avaient jamais connu… »

 

Coïncidence en effet, lorsque m’est arrivé le message de l’annonce de la nomination de P. dans l’ordre de la Légion d’Honneur au titre du Ministère de la Culture, j’étais plongé dans la lecture des mémoires de mon oncle, qui faisait partie en Novembre 1924 des enfants cités plus haut. Il y raconte qu’on lui remet la Légion d’Honneur de son père tombé lors de la première bataille du Chemin des Dames en 1914, dont la dépouille vient seulement de rejoindre celle de ses camarades au cimetière militaire de Soupir (Aisne). Mon oncle est depuis deux ans orphelin car ma grand-mère qui s’était remariée, est décédée peu de temps après la naissance de son demi-frère, mon père. A quatre-vingt-dix ans passés, mon oncle recommande à ses enfants : « Ne recherchez pas cette Légion d’Honneur, ni la Croix de Guerre, je les ai jetées de rage un jour trop dur ». Et plus loin : « Je ne sais ni où, ni comment cela s’est passé mais une preuve absolue de l’identification de son corps a été apportée par la découverte de sa montre. Ma mère l’a conservée, je l’ai conservée. Mes enfants respectez cette pauvre relique d’un héros ! ».

Ceci explique cher P. pourquoi je ne m’associerai pas à mes camarades qui vont « arroser » ta décoration et que je préfère me recueillir sur la montre de l'oncle Lucien …

 

Cette histoire familiale me fait penser au livre de Stéphane Audoin-Rouzeau Quelle histoire. Un récit de filiation (1914-2014). Cet historien, spécialiste de la Grande Guerre, président de l’Historial de la Grande Guerre à Péronne, mais aussi fils et petit-fils de victimes, y dénonce les dégâts causés par le conflit dans les familles françaises à plusieurs générations d’écart.

Je ne sais pas si mon oncle l’a lu mais il me semble que beaucoup de familles françaises dont la nôtre ont souffert de la même façon. Comme je l’ai déjà évoqué ici mes deux grands-pères et mon grand oncle ont eu la chance de revenir indemnes de la guerre, enfin indemnes, qu’en sais-je ? Je me souviens notamment d’un geste de mon grand-père que j’avais trouvé un peu ridicule, mais que je ne peux pas me remémorer aujourd’hui sans une certaine émotion : à chaque fois que la route longeait un cimetière militaire - Dieu sait s’ils sont nombreux dans les plaines d’Artois - : mon grand-père portait une main à sa tempe dans un salut militaire à ses camarades tués au combat, sans écouter les protestations de ma grand-mère qui lui ordonnait : « Tiens ton volant !»

 

Exemple d’arrêté de nomination au grade de Chevalier de la Légion d'Honneur à titre posthume, le cimetière militaire de Soupir (02) où repose le Lieutenant Lucien Gaffet mort pour la France en 1914, la grille du cimetière militaire de la Targette au bord de la RD 937 entre Arras et Béthune
Exemple d’arrêté de nomination au grade de Chevalier de la Légion d'Honneur à titre posthume, le cimetière militaire de Soupir (02) où repose le Lieutenant Lucien Gaffet mort pour la France en 1914, la grille du cimetière militaire de la Targette au bord de la RD 937 entre Arras et Béthune
Exemple d’arrêté de nomination au grade de Chevalier de la Légion d'Honneur à titre posthume, le cimetière militaire de Soupir (02) où repose le Lieutenant Lucien Gaffet mort pour la France en 1914, la grille du cimetière militaire de la Targette au bord de la RD 937 entre Arras et Béthune

Exemple d’arrêté de nomination au grade de Chevalier de la Légion d'Honneur à titre posthume, le cimetière militaire de Soupir (02) où repose le Lieutenant Lucien Gaffet mort pour la France en 1914, la grille du cimetière militaire de la Targette au bord de la RD 937 entre Arras et Béthune

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