Balades à Paris et en Touraine

L’ancienne Ville l'Evêque de la Madeleine à Saint Augustin

11 Décembre 2016, 20:47pm

Publié par Jean-Charles Prévost

Façade de la Madeleine

Façade de la Madeleine

Ville l’Evêque, ce nom étrange désigne ce qui fut à l’origine un domaine agricole (villa en latin) concédé par le roi Dagobert à l’évêque de Paris. Situé hors de l’enceinte des fossés jaunes et à l’ouest de la nouvelle place Vendôme, il ne fut annexé qu’en 1722 à la capitale et les anciennes terres agricole à proximité des Tuileries mais en dehors des encombrements de la ville furent mises à profit par l’aristocratie pour y bâtir des hôtels entourés de jardins, un peu comme au Faubourg Saint Germain.

Pour ce nouveau quartier chic il fallait une église à la mode ; on mit à bas l’église du bourg consacrée à sainte Marie Madeleine. L’église actuelle en forme de temple grec est un exemple typique de retour à l’antique mis à la mode à la fin du XVIIIème siècle par la découverte de Pompéi et le Grand Tour, voyage dans les sites antiques d’Italie obligatoire pour l’éducation des jeunes aristocrates.

Les travaux débutent sous les Bourbons : il s’agit de clore la perspective de la place Louis XV  et de la rue Royale par une église monumentale ; après un temps d’arrêt sous la Révolution, on se demande quelle affectation donner au bâtiment en construction (l’heure n’est plus aux églises) : Cité Commerciale, hébergeant la Bourse et le Tribunal de Commerce, Temple à la Gloire des Armées voulu par Napoléon, qui reviendra au projet d’église après la retraite de Russie, voire dans les années 1830, première gare parisienne - les diligences de Normandie ont leur terminus à proximité - les travaux reprennent sous Louis XVIII ; ils ne s’achèveront qu’en 1845 sous la monarchie de Juillet quelques quatre-vingt-cinq ans plus tard. Le résultat témoigne de l’influence de l’Antiquité en architecture au début du XIXème siècle : l’extérieur revisite le Parthénon d’Athènes, la décoration intérieure le Panthéon de Rome et les villas pompéiennes ; la fresque de la coupole du chœur s’intitule L’histoire de la France Chrétienne, et dépeint les grands personnages de l’histoire qui de Charlemagne à Napoléon en passant par Jeanne d’Arc se placent sous la protection de Dieu dans l’esprit de réconciliation nationale que cherche à promouvoir Louis Philippe, Roi des Français.

Le boulevard des Capucines tout proche est au XIXéme siècle, le lieu de toutes les élégances – aussi vénales  - et le Grand Hôtel, voulu par Napoléon III pour accueillir les visiteurs de l’Exposition Universelle de 1867, est avec son décor foisonnant un lieu emblématique du luxe du quartier flambant neuf de l’Opéra rythmé par les grandes perspectives Haussmanniennes. Eugénie en l’inaugurant a d’ailleurs déclaré « c’est exactement comme chez moi, je me sens ici comme à Compiègne ou à Fontainebleau ».

A l’écart du boulevard des Capucines, ce quartier est aussi celui des théâtres : Edouard VII face à la statue équestre du même nom au milieu d’une merveilleuse petite place à l’italienne, l’Athénée et sa façade Louis XV revival dans l’impasse voisine. La rue des Mathurins abrite aussi l’étude Tajan et sa salle d’exposition Art Déco, lieu bien connu des amateurs d’objets d’art mais aussi les anciens sièges de banques coloniales dont la décoration extérieure fait encore référence à ce riche commerce. On a tendance à oublier aujourd’hui que Saint Lazare est aux XIXème et XXème siècles avant le transport aérien de masse, le « hub » des échanges entre le monde anglo saxon (Royaume Uni et Etats Unis) et le reste du monde - essentiellement alors l’Europe et la Russie. Les grandes lignes amènent à Paris britanniques – via les ports de Dieppe et du Havre - et américains - via le Havre et Cherbourg.… D’où l’implantation dans ce quartier des sièges de nombreuses banques internationales et coloniales.

Nous terminerons notre visite par Saint Augustin. Si la Madeleine exprime l’attachement à l’Antiquité grecque du XVIIIème siècle finissant, Saint Augustin à la fin du XIXème siècle obéit aux canons stylistiques du Second Empire par son décor éclectique et aux apports du progrès techniques par sa structure métallique, clairement visible de l’intérieur qui permet des portées, des jours et des hauteurs jusqu’alors inconnus, c’est une grande première qui sera ensuite imitée par de nombreux bâtiments publics comme la bibliothèque Sainte Geneviève ou le Grand Palais par exemple.

 

Ce parcours dans le quartier le plus chic de Paris aux XIXème et XXème siècles permet d’appréhender le cadre urbain prestigieux voulu par Napoléon III et Haussmann et largement utilisé ensuite par la IIIème République. Il vient opportunément compléter la visite de l’exposition Spectaculaire Second Empire en ce moment à Orsay que je vous recommande.

 

La galerie de la Madeleine, la verrière du Grand Hôtel, l'Opéra depuis la rue Scribe, le cheval ailé de Falguière square Louis Jouvet, la façade du théatre de l'Athénée, la facade Art Nouveau rue de Caumartin, l'intérieur de Saint Augustin
La galerie de la Madeleine, la verrière du Grand Hôtel, l'Opéra depuis la rue Scribe, le cheval ailé de Falguière square Louis Jouvet, la façade du théatre de l'Athénée, la facade Art Nouveau rue de Caumartin, l'intérieur de Saint Augustin
La galerie de la Madeleine, la verrière du Grand Hôtel, l'Opéra depuis la rue Scribe, le cheval ailé de Falguière square Louis Jouvet, la façade du théatre de l'Athénée, la facade Art Nouveau rue de Caumartin, l'intérieur de Saint Augustin
La galerie de la Madeleine, la verrière du Grand Hôtel, l'Opéra depuis la rue Scribe, le cheval ailé de Falguière square Louis Jouvet, la façade du théatre de l'Athénée, la facade Art Nouveau rue de Caumartin, l'intérieur de Saint Augustin
La galerie de la Madeleine, la verrière du Grand Hôtel, l'Opéra depuis la rue Scribe, le cheval ailé de Falguière square Louis Jouvet, la façade du théatre de l'Athénée, la facade Art Nouveau rue de Caumartin, l'intérieur de Saint Augustin
La galerie de la Madeleine, la verrière du Grand Hôtel, l'Opéra depuis la rue Scribe, le cheval ailé de Falguière square Louis Jouvet, la façade du théatre de l'Athénée, la facade Art Nouveau rue de Caumartin, l'intérieur de Saint Augustin
La galerie de la Madeleine, la verrière du Grand Hôtel, l'Opéra depuis la rue Scribe, le cheval ailé de Falguière square Louis Jouvet, la façade du théatre de l'Athénée, la facade Art Nouveau rue de Caumartin, l'intérieur de Saint Augustin

La galerie de la Madeleine, la verrière du Grand Hôtel, l'Opéra depuis la rue Scribe, le cheval ailé de Falguière square Louis Jouvet, la façade du théatre de l'Athénée, la facade Art Nouveau rue de Caumartin, l'intérieur de Saint Augustin

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