Balades à Paris et en Touraine

Deaf (Death) sentence de David Lodge

3 Janvier 2017, 09:43am

Publié par Jean-Charles Prévost

Deaf (Death) sentence de David Lodge

Aujourd’hui je vous recommande la lecture de ce roman. Vous connaissez certainement les romans humoristiques de cet auteur britannique, narrant les mésaventures professionnelles et conjugales des universitaires, milieu qu’il connait bien, lui qui est né en 1932 dans une famille modeste et catholique, et a longtemps été professeur de littérature anglaise  à l'université de Birmingham.

Parmi ses plus grands succès : La Chute du British Museum - The British Museum is Falling Down 1965, la trilogie Changement de décor -1975Un tout petit monde -1984Jeu de société -1988, tous très bien traduits au début des années 1990 aux éditions Rivages (Payot depuis) et régulièrement réédités. Des romans qui vous captiveront en français, mais aussi tout à fait lisibles en anglais.

Paru en 2008 dans les deux langues, Deaf sentence - La Vie en Sourdine est le dernier roman de Lodge. Le titre anglais se fonde sur un jeu de mots intraduisible en français : death (la mort), sonne comme deaf (sourd) prononcé avec l’accent cockney - David Lodge est né dans une famille modeste à Brockley au sud de Londres. Ce jeu de mots classique mais intraduisible en français assimile la surdité à la mort… et résume bien le livre dont c’est le thème central, cette « sorte d’avant-goût de la mort, une très lente introduction au long silence dans lequel nous finirons tous par sombrer ».

Avec la façon d’écrire qui est la sienne, David Lodge fait simultanément progresser trois intrigues en alternant le récit à la première personne du personnage principal et celui du narrateur omniscient :

  • Des -65 ans- le personnage principal, est le clone de David Lodge : sa surdité l’empêche de poursuivre son métier de professeur et le coupe progressivement de son milieu social et de son conjoint plus jeune et actif,
  • Son père, ancien musicien de jazz comme celui de David Lodge débute sans le reconnaitre une maladie d’Alzheimer, il refuse de quitter son pavillon de « Brickley » où il vit seul comme un clochard ; il meurt à la fin du livre,
  • Alex, jeune doctorante américaine venue en Grande-Bretagne pour écrire sa thèse sur les lettres des suicidés  « Ça coûte infiniment moins cher de faire un doctorat ici plutôt qu’aux Etats-Unis. Et si c’est moins cher, c’est parce qu’on ne vous enseigne rien »… personnalité instable et manipulatrice, elle essaie d’obtenir les faveurs de Des et de son collègue Colin par un chantage sexuel.

David Lodge nous parle de l’acceptation de ses petites infirmités et de la déchéance et de la mort de ses proches de façon légère, comme il sait si bien le faire en plongeant son héros dans les quiproquos les plus comiques ; comme il le dit si bien : « La surdité est comique, alors que la cécité est tragique. Prenez Œdipe, par exemple : imaginez qu’au lieu de s’arracher les yeux il se soit crevé les tympans. Ç’aurait été plus logique, en fait, puisque c’est par les oreilles qu’il a appris l’atroce vérité quant à son passé, mais ça n’aurait pas eu le même effet cathartique. »

Son héros aura besoin de tout le livre pour accepter sa surdité, comme son père niera jusqu’au bout sa déchéance intellectuelle en refusant de quitter sa maison. Ce n’est finalement que confronté à la mort que Des arrivera à accepter sa vie : mort de son père à l’hôpital, souvenir refoulé d’avoir abrégé à sa demande les souffrances de sa première femme atteinte d’un cancer, suicide dans le personnage trouble d’Alex, mort collective de l’Holocauste enfin qu’il découvre en visitant un peu par hasard le camp d'Auschwitz lors d’un voyage en Pologne.

David Lodge qui a un peu fait sienne la devise castigat ridendo mores [1] et qu’on traite parfois d’auteur mineur n’a jamais écrit d’autobiographie ; il nous donne ici pourtant pour notre plus grand bonheur mais aussi pour notre réflexion, une précieuse leçon de vie dans un livre divertissant et grave à la fois…

 

[1] Elle corrige les mœurs en riant (devise de la comédie).

Deaf (Death) sentence de David Lodge
Deaf (Death) sentence de David Lodge
Deaf (Death) sentence de David Lodge
Deaf (Death) sentence de David Lodge
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