Balades à Paris et en Touraine

Spectaculaire Second Empire au musée d’Orsay (jusqu’au 15 Janvier 2017)

28 Novembre 2016, 19:02pm

Publié par Jean-Charles Prévost

Spectaculaire Second Empire au musée d’Orsay (jusqu’au 15 Janvier 2017)

L’exposition marque le trentième anniversaire du musée d’Orsay, attaché depuis sa création à réhabiliter l’art du XIXéme siècle. Elle présente les fastes de cette période avec le parti pris délibéré d’en laisser de côté les aspects les plus sombres : misère pour les ouvriers et des paysans, violences, prison et bannissement pour les opposants au lendemain du coup d’état du 2 Décembre 1851 puis surveillance étroite les années suivantes, souffrances des victimes des campagnes militaires, fin ignominieuse dans la défaite de Sedan et le retour à la République le 4 Septembre 1870. Ces aspects les plus sombres constituent la « légende noire » du Second Empire, largement exploitée par les politiciens de la 3ème République.

En vous présentant les principaux thèmes de l’exposition et du colloque organisé les 24 et 25 Novembre dans le cadre de l’exposition, je voudrais vous inviter à rétablir l’équilibre entre les fastes de la fête impériale et la dureté de la période et en évoquer les continuités dans la société française d’aujourd’hui.

Le colloque couvrait quatre thèmes : Le pouvoir impérial : incarnations / contestations, Echanges et ouverture sur le monde, Culture et société au temps des prémices de la culture de masse et enfin Les héritages du Second Empire.

L’exposition fait évidemment la part belle aux fêtes somptueuses, inspirées du prestige du 1er Empire (remise des Aigles aux régiments) ou profitant d’opportunités crées par l’évolution de la société (inauguration de gares, du canal de Suez en 1869 par l’impératrice) en présentant les cartons des décors créés pour ces occasions. L’incarnation s’effectue aussi par la propagation sous forme de portraits peints et de photographies de l’image de l’Empereur et de l’Impératrice. Celle-ci fera beaucoup pour la popularité de l’Empire, y compris après sa chute. Le colloque a permis de compléter l’image en rappelant la genèse du régime : l’antiparlementarisme foncier de Napoléon III qui, en saint simonien convaincu, privilégie les techniciens par rapport aux politiques, la constitution de la IIéme République qui lui interdit de se représenter et ne donne aucun moyen de régler les conflits avec une chambre royaliste qui lui est farouchement opposée. Ces circonstances expliquent le coup d’état et la répression qui a suivi, qui restera la tache originelle du régime dans une histoire qu’écriront ensuite à charge les républicains et les exilés revenus au pouvoir tels Victor Hugo. Conscient de ce mauvais départ, Napoléon III aura pourtant voulu créer une légitimité en ressuscitant les fastes des palais et de la cour de l’Ancien Régime (largement présentés dans l’exposition) tout en les modernisant : alors que la cour était invitée à voir manger le Roi à Versailles Napoléon III organise de grandes réceptions, diners et bals où il invite largement à sa table les notables, plus encore les « séries » où ils sont conviés pour une semaine au château de Compiègne ; c’est aussi le premier souverain à partir en vacances dans ses résidences de Biarritz, Vichy, etc.

Concernant la politique étrangère, l’exposition s’attarde sur les fêtes données pour les souverains étrangers qui se pressent à Paris : la reine Victoria, le roi de Prusse et le Csar de Russie sont reçus aux Tuileries pour l’exposition universelle de 1867 avec un faste qui évoque les fêtes de Versailles. Le colloque complète le tableau en évoquant l’émergence d’une diplomatie professionnelle qui s’attache avec un certain succès à restaurer le prestige de la France par une politique d’alliance à l’opposé du recours systématique à la force et aux annexions qui a caractérisé le règne de Napoléon 1er. Cette politique se traduit également par l’importance des investissements français sous l’impulsion des familles Pereire ou Rothschild et bien d’autres noms moins connus qui étendent leur influence dans les pays voisins dans la banque, les chemins de fer, l’immobilier. La politique coloniale consolide surtout des positions déjà investies précédemment : Algérie, Sénégal, Proche et Extrême Orient avec des expéditions mal préparées et sans résultat comme l’aventure mexicaine, mais l’expansion coloniale sera surtout consolidée par la 3éme République. En Europe le soutien apporté par le régime à l’unité Italienne sera récompensé par l’annexion pacifique de la Savoie et du Comté de Nice.

La vie artistique et culturelle constitue évidemment le plat de résistance de l’exposition : le progrès technique facilite la réalisation de mobiliers, d’objets et de décors somptueux combinant les motifs de différentes époques dans un style éclectique qui sera parfois raillé en « Napoléon Trop ». La littérature épouse les idées des opposants : Victor Hugo l’irréductible exilé qui critique à tout va le régime dans les Châtiments ou le roman les Misérables, Flaubert qui lui jouit de la fête impériale sans tout en portant un regard lucide sur le régime et ses aspects négatifs. Ainsi, invité au diner du 10 Juin 1867 donné pour le roi de Prusse et le Csar de Russie écrit-il à George Sand la phrase choisie en exergue du colloque : « Sans blague aucune, c’était splendide Paris du reste tourne au colossal».

La comédie tout comme l’art lyrique, qui correspondent à l’esprit de la fête impériale, connaissent un développement considérable sous l’impulsion d’auteurs comme Alexandre Dumas, Labiche, Feydeau ou Meyerbeer, Scribe, Offenbach dont les œuvres sont toujours appréciées aujourd’hui. Une spécificité du Second Empire qui ne lui survivra pas, ce sont les bals masqués et travestis où la cour et les bourgeois jusqu’à des niveaux fort modestes (le bal des grisettes ouvrières en confection) investissent un temps et un argent considérable pour la griserie d’un soir ; cette fête impériale sera à l’origine des critiques les plus sévères portées par la prude (mais hypocrite – voir l’exposition de l’an dernier Splendeurs et Misères – images de la prostitution 1850-1910) bourgeoisie protestante ou franc maçonne qui domine la 3ème République.

Dans la dernière partie Xavier Mauduit, dont le visage ne vous est certainement pas inconnu car il porte avec son acolyte un regard caustique sur l’actualité à la fin du 28 Minutes d’Arte et par ailleurs prof à Paris I, examinait les héritages du Second Empire. Il s’est tout d’abord attaché à la naissance de sa légende dorée au travers des mémoires de ses serviteurs comme le général Fleury, Grand Ecuyer (en charge des voyages officiels en province et jusqu’en Algérie) ou Madame Carette, dame du Palais. Il a ensuite voulu souligner la continuité du personnel : Victor Duruy ouvre l’enseignement aux filles sous Napoléon III et continue son action sous Jules Ferry, l’administration du Trésor Public mise en place par Achille Fould est maintenue sous la République, enfin le modèle unique de la réunion des élites de toutes origines autour du pouvoir qui perdure sous la République.

Sur un mode plus léger il mit en parallèle les images contemporaines avec celles de cette époque, montrant la 5ème République continuant les traditions nées sous l’Empire : les fastes des réceptions élyséennes, les huissiers en redingote et les uniformes des gardes républicains, les chasses présidentielles (disparues il y a peu), bien qu’à tir alors que Napoléon III conviait à chasser à courre …

Ce colloque m’a apporté un complément indispensable à l’exposition et m’incite à me documenter plus avant sur une période passionnante et qui continue de hanter notre paysage politique au travers des accusations de « césarisme » qui ressurgissent à chaque campagne électorale ou Mitterrand qui, en intitulant son pamphlet anti gaulliste publié en 1964 Le coup d’état permanent, fait clairement référence au 2 décembre 1851.

 

Fête de Nuit et bal aux Tuileries 10/06/1867, Madame Moitessier par Ingres,Napoléon III par Winterhalter, Décor de la villa Abbadia Biarritz
Fête de Nuit et bal aux Tuileries 10/06/1867, Madame Moitessier par Ingres,Napoléon III par Winterhalter, Décor de la villa Abbadia Biarritz
Fête de Nuit et bal aux Tuileries 10/06/1867, Madame Moitessier par Ingres,Napoléon III par Winterhalter, Décor de la villa Abbadia Biarritz
Fête de Nuit et bal aux Tuileries 10/06/1867, Madame Moitessier par Ingres,Napoléon III par Winterhalter, Décor de la villa Abbadia Biarritz
Fête de Nuit et bal aux Tuileries 10/06/1867, Madame Moitessier par Ingres,Napoléon III par Winterhalter, Décor de la villa Abbadia Biarritz

Fête de Nuit et bal aux Tuileries 10/06/1867, Madame Moitessier par Ingres,Napoléon III par Winterhalter, Décor de la villa Abbadia Biarritz

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