Balades à Paris et en Touraine

Philippe Muray (1945-2006)

2 Avril 2016, 10:42am

Publié par Jean-Charles Prévost

Cheveux mi-longs, Gitane au coin des lèvres ; voici Muray en 1978
Cheveux mi-longs, Gitane au coin des lèvres ; voici Muray en 1978

Penseur iconoclaste et misanthrope, mais plein d’humour, Philippe Muray est régulièrement cité dans des articles de presse ou des émissions de radio et de télévision bien qu’il nous ait quittés il y a tout juste 10 ans. Fabrice Lucchini a tenu l’affiche du théâtre de l’Atelier pendant des semaines devant une salle comble en lisant seul en scène un choix de ses textes en 2010.

Tenté depuis longtemps de lire ses livres, je viens de céder avec « Désaccord parfait » chez Gallimard, recueil d’articles publiés dans diverses revues iconiques des années 80 et 90, mais plutôt confidentielles : Globe, l’Idiot International (directeur Jean-Edern Hallier), l’Atelier du Roman. Les sujets qu’il y traite datent évidemment de cette époque, mais les réflexions qu’il en tire n’ont pas pris une ride, et au contraire entrent en résonance avec nos préoccupations actuelles.

Grand pourfendeur de la culture spectacle, Muray évoque « une société qui s’exprime par ses fêtes » à propos du Bicentenaire et du défilé de Jean Paul Goude qu’on ne peut s’empêcher de rapprocher – en plus triste- de nos défilés pour Charlie et alia, dérisoires répliques à ceux qui ont décidé que la fête qu’ils réprouvent était terminée.

Ses têtes de turc s’appellent Jack Lang, grand ordonnateur de ces fêtes, les emplois jeunes aux titres ronflants et vides de sens, Mitterrand, élu contre Giscard au nom de la transparence mais qui gouvernera pendant deux septennats en cachant une deuxième famille entretenue par le budget de la République et une maladie fatale. Lucchini débutait son spectacle par un billet de 98 intitulé « Martine Aubry fait concurrence à l’état civil » dont je ne résiste pas au plaisir de vous citer le début - mais il faudrait le lire avec sa diction théâtrale :

« Un bataillon d’agents de développement du territoire ouvre la marche, suivi presque aussitôt par un peloton d’accompagnateurs de détenus. Puis arrivent en rangs serrés des compagnies d’agents de gestion locative, d’agents polyvalents, d’agents d’ambiance, d’adjoints de sécurité, de coordinateurs petite enfance, d’agents d’entretien des espaces naturels, d’agents de médiation, d’aides éducateurs en temps périscolaire, d’agents d’accueil des victimes et j’en passe. Ferme le cortège un petit groupe hilare d’accompagnateurs de personnes dépendantes placées en institution, talonnés par des redécouvreurs de l’histoire des villes et des promoteurs des ressources touristiques en direction des pays émergents. Vers le ciel d’azur s’envolent des ballons. Un camion-grue déguisé en sapin de Noël s’élance en grondant. La foule massée des deux côtés de l’avenue applaudit sauvagement…. »

La pensée murayenne vit toujours : dans un article intitulé «Philippe Muray est l'imam caché des esprits libres» la journaliste Elisabeth Levy conclut : « Le monde est tellement murayen qu'on dirait que Muray en est le marionnettiste invisible - c'est sans doute lui qui a créé Najat Vallaud-Belkacem. »

Ses analyses d’intellectuel sont parfois complexes, son ton de misanthrope peut agacer, son côté iconoclaste choquer, mais j’espère surtout qu’il vous fera rire et surtout remettre en cause certaines idées reçues qu’on cherche à nous imposer en nous endormant …

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