Balades à Paris et en Touraine

L’estampe

1 Janvier 2016, 18:43pm

Publié par Jean-Charles Prévost

Impression à partir d'une plaque de cuivre gravée
Impression à partir d'une plaque de cuivre gravée

On parle indifféremment dans le langage courant d’estampe ou de gravure pour désigner les images produites, or ces termes se rapportent aux deux étapes du processus: le dessin est gravé sur une matrice – plaque de bois ou de métal- encrée puis essuyée pour que l’encre n’adhère qu’aux traits gravés, l’estampe consiste à presser contre la matrice une feuille de papier qui recueillera la trace de l’encre correspondant au dessin.

Jusqu’au milieu du XIXéme siècle, diffusion des images la s’est faite essentiellement par l’estampe ; supplantée en cela depuis par la photo, elle reste très appréciée des amateurs d’art et des collectionneurs.

Le procédé est mis en oeuvre pour la première fois en Chine au VIIéme siècle pour l’impression de livres sacrés bouddhistes ; il sera repris au XIVéme siècle en Occident par des artistes comme Schongauer pour l’illustration des premières Bibles imprimées.

A la Renaissance, de nombreux artistes tels Dürer en Allemagne ou Raimondi en Italie, vont appliquer cette découverte à des œuvres plus profanes : portraits, scènes mythologiques, alors qu’en parallèle se développent des usages plus pratiques comme l’impression de cartes de marine, de recueils d’architecture et d’ornements inspirés des motifs de l’Antiquité, de manuels d’anatomie, de botanique, etc. Dans le même temps apparait l’estampe d’imitation qui permet aux peintres, directement ou avec l’aide d’artisans graveurs, d’assurer à leurs œuvres une diffusion nouvelle. Rembrandt au XVIIéme siècle figure parmi les peintres qui s’y sont le plus intéressés, c’est aussi à cette époque que les peintres accèdent au statut d’artiste et que les notions de libre arbitre dans le choix du sujet et de protection de l’œuvre originale du peintre commencent à se répandre.

Avec le siècle des Lumières, le développement de l’estampe comme art et comme media s’accélère : l’Encyclopédie de d’Alembert et Diderot font largement appel à l’image pour présenter l’état de l’art des sciences et des techniques, elle devient objet de collection et Joseph Smith réalise un catalogue gravé des œuvres de Canaletto à destination de ses clients potentiels de l’aristocratie anglaise.

L’estampe accompagne les révolutions politiques et industrielles du XIXème siècle : Goya l’utilise pour dénoncer les atrocités de la guerre menée par Napoléon en Espagne, les caricatures de Daumier raillent le pouvoir de Louis Philippe en même temps que Gustave Doré l’utilise pour attiser l’imagination du lecteur de Dante, Shakespeare, Rabelais ou Victor Hugo. Plus prosaïquement, les manuels scolaires, les billets de banque, les timbres-poste dont l’usage se développe alors font appel à elle.

C’est le développement de la photographie inventée au milieu du XIXème siècle, de l’offset de la photogravure, techniques permettant son impression à l’échelle industrielle qui finiront un siècle plus tard par supplanter l’estampe comme mode de diffusion de l’image. Mais elle reste tout à fait d’actualité comme discipline artistique : après Matisse et Picasso qui s’intéressent à la lithographie dans les années 50, des artistes comme Andy Warhol explorent le détournement artistique par la sérigraphie artisanale d’images imprimées emblématiques de la société industrielle.

Totalement désinvestie aujourd’hui de sa fonction de diffusion des images l‘estampe connait une vogue nouvelle en innovant et en exprimant les sensibilités les plus contemporaines ; il est fréquent qu’elle fasse intervenir plusieurs procédés traditionnels : le burin permet de retoucher facilement une eau-forte, ou d’accentuer telle partie d’une pointe-sèche. Les aquatintes comportent généralement des traits gravés à l’eau-forte...

Les estampes originales, définies selon la loi comme «épreuves entièrement conçues et réalisées à la main par le même artiste, quelle que soit la technique employée, à l'exclusion de tous procédés mécaniques ou photomécaniques», restent objets de collection même si l’émergence de techniques nouvelles liées au développement du numérique ne facilitent pas leur authentification.

Dürer Melencolia 1514, Goya les désastres de la guerre v.1810, Daumier Victor Hugo et Andy Warhol Dyptique Marylin 1962
Dürer Melencolia 1514, Goya les désastres de la guerre v.1810, Daumier Victor Hugo et Andy Warhol Dyptique Marylin 1962
Dürer Melencolia 1514, Goya les désastres de la guerre v.1810, Daumier Victor Hugo et Andy Warhol Dyptique Marylin 1962
Dürer Melencolia 1514, Goya les désastres de la guerre v.1810, Daumier Victor Hugo et Andy Warhol Dyptique Marylin 1962

Dürer Melencolia 1514, Goya les désastres de la guerre v.1810, Daumier Victor Hugo et Andy Warhol Dyptique Marylin 1962

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