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L’exposition Émile Verhaeren au musée des Avelines à Saint Cloud

15 Janvier 2016, 10:43am

Publié par Jean-Charles Prévost

Théo van Rysselberghe : La lecture par Emile Verhaeren, de dos, veste rouge ; autour de lui ses amis André Gide, Henri Cross, Maurice Maeterlinck, Félix Fénéon  etc.
Théo van Rysselberghe : La lecture par Emile Verhaeren, de dos, veste rouge ; autour de lui ses amis André Gide, Henri Cross, Maurice Maeterlinck, Félix Fénéon etc.

Poète flamand d’expression française, figure de la scène artistique et littéraire européenne au tournant des XIXe et XXe siècles il vécut à Saint-Cloud de 1900 à sa mort en novembre 1916 sous un train en gare de Rouen. Le musée des Avelines lui consacre une exposition « Émile Verhaeren passeur d’art ».

Très appréciée en France jusque dans les années 50, la poésie en vers libres de Verhaeren est empreinte d’un grand souffle et d’une énergie vitale, prônant la naissance d’une civilisation nouvelle basée sur la recherche d’une justice sociale qui interpelle le lecteur aujourd’hui encore, plus d’un siècle après sa création.

Verhaeren poète fut aussi critique d’art et l’ami de nombreux artistes de son temps : écrivains comme Stefan Zweig, Rainer Maria Rilke ou Romain Rolland mais aussi peintres, sculpteurs ou graveurs postimpressionnistes, pointillistes et symbolistes qui inventent un art engagé et total et soufflent un vent de contestation et de liberté sur l’art ; en revanche il passe « à côté » des nouveaux noms qui révolutionneront l’art du début du XXe siècle comme Picasso, Braque, Delaunay, Matisse.

Émile et Marthe Verhaeren s’installent à Saint-Cloud, dont le poète apprécie le « bon air » et la proximité stimulante de Paris et assure l’équilibre parfait entre la simplicité d’une vie rurale et l’enivrement des villes qu’il décrira dans son recueil Les Villes tentaculaires (1895).

L’écrivain et son épouse louent un petit appartement à la famille Tribout; dont le fils Georges, sculpteur deviendra un ami très cher du couple et réalisera plusieurs portraits du poète. Il y reçoit ses amis artistes dans son modeste bureau. L’écrivain alors âgé de 45 ans est au coeur du monde littéraire et artistique européen, en lice pour le Nobel de Littérature.

Les quatre thèmes de l’exposition

La première salle met en valeur la figure de Verhaeren dans son cabinet de travail. Des objets personnels mais également des portraits de l’écrivain par ses amis peintres tels Théo Van Rysselberghe, James Ensor ou Willy Schlobach ainsi que des dessins et des photographies illustrent l’intimité chaleureuse qui règne dans ce bureau.

La salle suivante témoigne de l’intense activité littéraire et critique de Verhaeren, poète de « la Flandre et du Monde », de son engagement auprès d’Octave Maus dans le groupe des Vingt à Bruxelles et de sa défense ardente du postimpressionniste avec des oeuvres de Paul Signac, de Théo van Rysselberghe ou d’Henri-Edmond Cross…On y évoque aussi sa fascination pour les villes et leur modernité, la nouveauté d’un monde industriel dont il perçoit la beauté (à la même époque Maximilien Luce peint Terril de charbonnage (1896)) mais aussi la dénonciation des injustices sociales qu’il exprime si justement dans Les Campagnes hallucinées (1893).

Ensuite, le parcours s’arrête sur la position de Verhaeren pendant la Première Guerre mondiale : profondément choqué par l’envahissement de la Belgique, pays neutre, par l’Allemagne, il délaisse ses utopies européennes pour devenir le porte-parole d’un discours patriote.

Enfin, la dernière salle est consacrée au symbolisme, mouvement que Verhaeren soutient, voyant dans ces artistes belges et français (tels Odilon Redon, Fernand Khnopff, William Degouve de Nuncques, Henri Le Sdaner, Constant Montald) l’expression d’une intériorité en quête d’étrangeté et d’idéal.

La poésie d'Émile Verhaeren dans son époque

En 1910, son ami Stefan Zweig publie la biographie de Verhaeren car il y voit l’incarnation d’un nouveau style littéraire, qui centre l’homme au coeur des tourments de l’Histoire. Zweig est passionné par cette oeuvre : son intensité, l’expression de l’âme flamande, l’exaltation avec laquelle elle traduit les forces du monde moderne: industrie, urbanisation, masses ouvrières. C’est l’homme en lutte quotidienne face à l’écrasement du monde. C’est en quoi la poésie de Verhaeren est moderne, elle est sensible et presciente, ses sujets reflètent les bouleversements sociaux qui vont profondément changer le visage de l’Europe à la veille de la Première Guerre mondiale.

Mais l’éclatement du conflit et l’envahissement brutal de la Belgique par l’armée allemande dès août 1914, modifie radicalement ses prises de position pacifistes.Verhaeren, qui subit une terrible désillusion, se mue alors en nationaliste acharné et met sa plume au service du combat contre l’envahisseur allemand comme en témoigne La Belgique sanglante (1915).

À la suite de sa visite sur le front de la bataille d’Yser en compagnie du roi Albert I, il rompt définitivement les liens amicaux qu’il avait tissés avec le monde germanique. Ses écrits acerbes lui assurent une grande popularité - Verhaeren incarne le poète nationaliste dénonçant sans relâche l’oppression allemande - mais ils lui attirent également de grandes critiques de anciens amis, notamment Stefan Zweig et Romain Rolland.

Malgré les mises en garde de ces derniers sur ses dérives oratoires et littéraires, Verhaeren reste fidèle à ses amours patriotes. En 1916, quelques signes d’apaisement se font ressentir mais sa mort brutale en novembre de la même année le prive de toute analyse critique postérieure.

Au temps d'harmonie esquisse Paul Signac, Terril de charbonnage Maximilien Luce,
Au temps d'harmonie esquisse Paul Signac, Terril de charbonnage Maximilien Luce,

Au temps d'harmonie esquisse Paul Signac, Terril de charbonnage Maximilien Luce,

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