Balades à Paris et en Touraine

Les Invalides

11 Décembre 2015, 11:06am

Publié par Jean-Charles Prévost

Invalides vue aérienne
Invalides vue aérienne

Louis XIV décide de construire à la lisière de Paris un ensemble monumental pour héberger ses soldats infirmes ou trop âgés au moment même où il invente un cadre grandiose pour mettre en scène sa cour et son pouvoir à Versailles,. Construit dans la première partie de son règne, en 1670-1676, l’hôtel des Invalides réunit un hospice avec réfectoires, chambres, ateliers, un hôpital et deux églises, celle du Dôme pour le roi, l’autre pour ses soldats, qui ne seront achevées qu’en 1706 par Jules Hardouin-Mansart qui œuvre également à Versailles. Acte de charité envers ses soldats, cette architecture grandiose est aussi une affirmation de la grandeur de son règne- le clocher de l’église du Dôme restera le point le plus haut de Paris jusqu’à la construction de la Tour Eiffel.

Pour Napoléon, Louis XIV aurait été “le seul roi de France qui mérite le titre de monarque”. Le « roi très chrétien » et « fils aîné de l’Eglise est en tout cas habile à “donner du sens” à son règne et toute l’iconographie de l’église du Dôme illustre cette proximité entre le pouvoir de Dieu et celui du Roi.

Le bâtiment et l’institution sont peu touchés par la Révolution : la Constituante le rebaptise « hôtel national des Militaires Invalides » tout en maintenant l’institution. Napoléon est soucieux de légitimité et de gagner le cœur des soldats, aussi entretient-il un rapport étroit avec les Invalides : il y célèbre en tant que Premier Consul l'anniversaire de la fondation de la République le 23 septembre 1800 et, lorsque les vieux révolutionnaires s'inquiètent avec la proclamation de l'Empire le 18 mai 1804, il décale au lendemain dimanche l'anniversaire de la prise de la Bastille et prépare en même temps une cérémonie nouvelle. Ainsi le 15 juillet 1804 en la chapelle des Invalides, Napoléon remet en personne la Légion d'honneur à ses officiers méritants et aux dignitaires civils et religieux du nouveau régime.

Une fois l'Empire vaincu et l'Empereur exilé, la monarchie s'impose à Paris avec Louis XVIII qui maintient l’institution rebaptisée « Hôtel Royal des Invalides ». Napoléon reste le héros des militaires et les Invalides le lieu emblématique des bonapartistes. Sous Louis-Philippe, ceux-ci s'affichent et, soutenus par Victor Hugo et Alexandre Dumas, agitent la question du retour de sa dépouille enterrée à Sainte-Hélène. Adolphe Thiers emporte la décision du « retour des cendres », espérant légitimer la monarchie de Juillet et sceller la fin du contentieux avec l’Angleterre. Finalement la cérémonie du 15 décembre 1840 est un échec politique car le gouvernement, en voulant autant que possible éviter les rassemblements, choque l'opinion, privée de sa commémoration et l’évènement révèle une vraie rupture entre la monarchie et son peuple.

Placée en attente dans la chapelle Saint-Jérôme, ce n’est que sous Napoléon III le 2 avril 1861 que la dépouille trouve sa place définitive dans un monumental sarcophage de marbre rouge à la romaine dans une crypte circulaire excavée au centre de l'église du Dôme. Celle-ci devient le cadre de la « panthéonisation » des gloires militaires de la France : Turenne, Vauban, Foch, Lyautey. Cent ans jour pour jour après le premier retour des cendres, Adolf Hitler, grand admirateur de Napoléon, y fait rapatrier celles de son fils unique « l'Aiglon » de Vienne. Mais comme la précédente la cérémonie manque son effet puisque la manœuvre consistant à attirer Pétain à Paris pour y installer un gouvernement collaborationniste échoue. Finalement la cérémonie franco-allemande se déroule en catimini dans une atmosphère glaciale, dans tous les sens du terme. Goguenards, les Parisiens murmurent : « Ils nous prennent notre charbon et nous envoient les cendres ! »

Les Invalides conservent également la mémoire de l’armée française : les Plans-reliefs, maquettes de places fortes destinées à simuler des sièges et définir les améliorations à apporter, y sont hébergés dès 1777, rejoints en 1872 par le musée d'artillerie ; avec les présentations de l'Exposition Universelle de 1889 ces collections forment le musée de l’Armée ; en 2008 l’historial Charles de Gaulle complète le dispositif en y retraçant la vie et l’œuvre du grand homme par l'image et le son.

Conformément à leur vocation, les Invalides abritent aussi un hôpital et des installations de rééducation pour les militaires français et étrangers blessés au combat. Y sont enfin hébergés les bureaux du gouverneur Militaire de Paris et deux services interministériels en charge de questions de défense et de sécurité.

Finalement peu connu des Parisiens c’est un site remarquable tant par son architecture majestueuse et les symboles qu’elle véhicule que par la richesse de ses collections qui nous renvoient aux « pages les plus glorieuses de notre histoire » ce qui par les temps qui courent ne peut faire que du bien … à visiter en famille !

Entrée nord, cour d'honneur, église du Dôme statue et tombeau de Napoléon
Entrée nord, cour d'honneur, église du Dôme statue et tombeau de Napoléon
Entrée nord, cour d'honneur, église du Dôme statue et tombeau de Napoléon
Entrée nord, cour d'honneur, église du Dôme statue et tombeau de Napoléon
Entrée nord, cour d'honneur, église du Dôme statue et tombeau de Napoléon
Entrée nord, cour d'honneur, église du Dôme statue et tombeau de Napoléon

Entrée nord, cour d'honneur, église du Dôme statue et tombeau de Napoléon

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