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La vie de Robert d’Arbrissel, fondateur de l’ordre de Fontevraud

28 Juin 2014, 16:21pm

Publié par Jean-Charles Prévost

La vie de Robert d’Arbrissel, fondateur de l’ordre de Fontevraud

Robert est au XI° siècle le curé du petit village d’Arbrissel près de la Guerche de Bretagne au sud-ouest de Rennes.

L’église de ce temps, en dépit des aspirations religieuses très fortes de toute la société, connait deux dérives dénoncées par le pape Grégoire VII dans sa prédication sous le nom de simonie : l’achat et la vente de biens spirituels, tout particulièrement des sacrements et, par conséquent, des charges ecclésiastiques, suite à l’influence excessive des laïcs dans l’église et sous celui de nicolaïsme : la vie en concubinage des religieux qui finissent par avoir des enfants (Robert est fils et petit -fils de prêtre). D’abord étudiant en theologie à l’école cathédrale à Paris, Robert devient prédicateur itinérant autour de Rennes.

Robert est un prédicateur très charismatique bientôt suivi par plusieurs centaines de personnes de tous âges et de toutes conditions : lépreux, nobles, prostituées, hommes et femmes mêlés. Ils se déplacent de village en village et dorment la nuit tous ensemble dans les forêts.

Le pape Urbain II l’entend en 1096 prêcher à Angers et lui attribue une mission officielle de prédication en le nommant « Dei semini verbum », semeur du verbe de Dieu.

Cependant ses excès - pour se mortifier en résistant à la tentation, il dort au milieu des femmes (pratique connue sous le nom de synéisaktisme) et son apparence déroutante -aspect négligé, vêtements troués-, tout autant que la pertinence de ses critiques, incitent l’église au concile de Poitiers en 1101 à lui demander de se fixer avec ses disciples et de créer un ordre où les hommes et les femmes seront rigoureusement séparés, ce qu’il fait à Fontevraud sur une terre qui lui est donnée par le baron de Montsoreau dont la fille est une de ses disciples.

L’originalité voulue par Robert d’Arbrissel est que moines et les moniales soient soumis à l’ abbesse du monastère des femmes et non à un abbé en imitation des dernières paroles du Christ en croix qui constituent la devise de l’ordre : s’adressant à Marie : « Mère voici ton fils » et à Saint Jean : « Fils, voici ta mère ». Il nomme la première abbesse Pétronille de Chemillé, baronne et veuve, une femme de caractère.

Mais dès la communauté fixée et le chantier de l’abbaye lancé, Robert repart prêcher et crée des prieurés fontevristes ; le succès de l’ordre est foudroyant: à la fin du XII° siècle, on compte une soixantaine de prieurés en France, en Espagne et en Angleterre. C’est dans l’un d’eux, le prieuré d’Orsan en Berry, qu’il meurt et Pétronille négociera âprement avec la communauté pour récupérer sa dépouille qu’elle ramène à Fontevraud pour l’enterrer dans le chœur de l’abbatiale auprès de l’évèque de Poitiers Pierre II son principal soutien.

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